J’ai acheté
une armoire temporelle
à un magicien de foire
à la retraite
elle m’a coûté deux jours
et la promesse
de ne jamais regarder
par le trou
de sa serrure
je n’ai pas pu lire
le mode d’emploi
puisqu’il n’y en avait pas
alors j’y suis entré
avec mon innocence
et le pouls à 147
il y faisait sombre
et doux comme l’éternité
mais pendant que j’explorais
ses 3m3
la porte s’est refermée
et le temps a commencé à filer
sans que je m’en rende compte
ou alors c’est ce que j’ai cru
du coup
après des secondes
qui ont duré des années
et de peur de rester prisonnier
d’un espace décimal
j’ai violé le serment
et j’ai regardé
par le verrou
le temps et les images défilaient
à la vitesse de la lumière
l’univers n’était
qu’un bébé récalcitrant
les galaxies faisaient
des courses de nébuleuses
des trous noirs supermassifs
abordaient des planètes naines
pour un amour sans retour
des étoiles à neutrons
flirtaient avec les astéroïdes
pour amuser la galerie
j’ai vu
à travers la serrure
de mon armoire temporelle
ce que l’on peut voir
de plus grand
du haut de la terrasse céleste
j’ai jonglé entre les univers
créé des dimensions à virgules
rajouté des éléments
dans le tableau périodique
des émotions
j’ai mis en sachet
des échantillons de big bang
sur un plan de travail cosmique
après 48 années lumières
et des poussières d’expérimentations
de mixages stellaires
et de doutes paternels
j’ai contemplé mes créations
du haut d’une fente
d’à peine quelques millimètres
pendant ce temps-là
dans les abysses mortelles
on écrivait la formule
chimique de la vie
avec un crayon virtuel
on finalisait l’algorithme
de l’intelligence artificielle
on clonait des frères
pour les faire travailler
on robotisait des sœurs
pour le plaisir et pour le pire
on laissait mourir de faim
des populations entières
on déclarait
des énièmes guerres mondiales
on enfantait in-vitro
des planètes habitables
méfiez-vous des armoires
on y crée des monstres
Texte et illustration : Brice Liaud






