rire de fer

imagine poème Guillaume

fantômes-miroirs

au regard oblique

voyez vos fiertés

poussées par le vent

menées chez le juge

de l’avant-crime

ce souffle puissant

noircissant leur chant

qui grince ses répliques

mécaniques

sur ses grands airs

sous un rire de fer

je prie

pour que le tonnerre des pas

gronde

et achève de séparer

mon cœur

le sort est entre vos mains

je m’enfuis

faites donc qu’un jour

si le ciel se meurt

je puisse vivre

et dormir sur ce monde

car vous y aurez fait fleurir

l’enfer

Guillaume Nicolussi Castellan

image : D. Dinkov

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songe manuel

dessin brice poissons

dans mon ciel les nuages en ruines
s’écroulent sous le poids des idées reçues
dans son élan le vent a mis à nu
les clichés d’un monde révolu

entre mes mains les galaxies noires
se cachent pour garder l’espoir
et les planètes errantes que nous sommes
se retirent dans leurs tours d’ivoire

dans mon ciel limpide résonne
le souffle des cheminées au cœur morne
et le trou dans la couche d’ozone
s’efface dans un rêve pop-corn

texte et illustration : Brice Liaud

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En panne de lecture ? #lephiltredesnuages !

« Le philtre des nuages et autres ivresses » est un recueil de poésettes (des poèmes sans prise de tête) écrit par votre serviteur, Radu Bata.
Il remplace avec une certaine désinvolture les bras de votre petit(e) ami(e) :)
Un corps à corps avec « Le philtre des nuages… » c’est l’apesanteur sans l’apesanteur <3
Alors prenez l’envol à cheval sur un nuage poétique ! :*

Radu01-B-2

Pour en savoir plus et, éventuellement, l’acquérir : http://www.editions-galimatias.fr

Le GIF animé est réalisé par Hervé Prévitali

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Un mur d’incompréhension

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Aujourd’hui, je devais me rendre chez un Nami pour lui emprunter une asymptote qu’il avait mise toute une semaine à dresser. J’avais entendu dire que sa maison était spéciale, j’y allai donc de bon cœur. Sur la route, je tentais d’imaginer ce qui m’attendait. Mais, une fois arrivé devant la maison, ou, du moins, là où elle était censée se trouver, je compris que je manquais cruellement de fantaisie.

Face à moi, s’étendait une cours intérieure, au fond de laquelle le pas de la porte sans porte était resté à sa place, mais je sentais bien en lui une folle envie d’aller rejoindre les murs, ce qui pouvait expliquer les petits sauts qu’il effectuait inlassablement sur lui-même, comme un Nenfant impatient.

Les murs, eux, avaient quitté leurs lits et couraient dans la cour comme piqués par une mouche. Ils tournaient à une vitesse folle mais, par chance ou talent, aucun n’entrait en collision avec les autres. Les pauvres cadres, étagères, pots de fleurs, ainsi que tout ce qui pouvait s’accrocher à un mur, tiraient une langue dont la couleur variait, et avaient peine à suivre ces chorégraphies folkloriques. 

Parfois, un mur se jetait à plat ventre, et glissait sur le sol, ce qui provoquait un grand nuage de poussière. Certains, suite à une chute, se brisaient, ce qui avait pour effet de donner naissance à de nouveaux petits murets, qui suivaient alors à leur tour le mouvement en se mettant à gambader avec leurs Zaînés.

Les arbres de la haie, accompagnés d’outils – sécateur, cisailles, pelles – avaient entamé une danse de la pluie autour d’un juron, lui-même peu convaincu de l’utilité de le manœuvre. J’en étais bouche bée, j’avais l’impression que mes yeux étaient sortis de l’orbite et mon esprit avait perdu pied. Mais d’autres surprises m’attendaient : dans un coin du jardin, écarté de la ronde, les mauvaises herbes s’étaient rassemblées et organisaient tant bien que mal un débat sur les méfaits de l’exode rural des vers de terre.

A côté de moi, sur ma droite, gisait le seul buisson qui visiblement était bien décidé à ne pas aller rejoindre ses camarades. Derrière lui, se dissimulait maladroitement l’escalier menant au premier et d’ailleurs dernier étage, la commode du salon, le lavabo de la deuxième salle de bain, la placard à chaussures du hall d’entrée, et le lustre. Tous ces éléments affichaient un petit rictus mesquin ; ils étaient en train d’asperger les rideaux, la baie vitrée, la terrasse, les matelas et le réfrigérateur, de personnifications gluantes récupérées dans le gosier du sèche-cheveux qui s’était littéralement vidé les tripes, quelques murs plus loin.

Tout l’électroménager semblait terrifié par la folie furieuse qui animait chaque objet de la maison, et avait fui la scène en essayant de se cacher sous le tapis, qui se débattait énergiquement, ne se laissant pas faire.

Dans tout ce Strafulgar, je réussis à distinguer, malgré les petites gouttelettes que produisaient les cascades des murs, mon Nami. Une baignoire sur la tête et le pommeau de douche dans une main, une passoire dans l’autre, en plein rodéo sur la table de la salle à manger qu’il chevauchait comme un damné. Cette dernière était particulièrement agitée et poursuivait avec acharnement les chaises, le tabouret et le canapé.

Halluciné par cette série de scènes invraisemblables, je restais planté dans l’entrée en me demandant si je devais fuir illico cette maison dont je ne comprenais guère les mécanismes, ou bien me jeter à plat ventre par terre en attendant les secours, sage comme un poêle en été.

 Je décidai finalement de trouver un moyen de locomotion pour parvenir jusqu’à la sortie, tout en évitant de me faire percuter par un mur plus enthousiaste.

Tout à coup, j’observai que la danse murale ralentissait, les plantes retournaient à leurs emplacements respectifs, les jets de personnification cessaient et le rodéo de mon Nami allait s’essouffler dans la maison. Les effets étaient visibles :  l’électroménager commençait à sortir lentement de dessous le tapis et se dirigeait résigné vers sa place en reprenant des couleurs et des formes plus connues.

Petit bémol : je me trouvais à présent sur le pas de la porte, auquel manquait toujours la porte, ce qui était problématique puisque je ne pouvais toquer nulle part. 

Je me retournai, cherchant l’absente du regard, quand apparut au loin un interrupteur très haut sur pattes qui se dirigeait à une vitesse X dans ma direction Y. Il n’était plus qu’à quelques mètres de moi quand il s’arrêta net comme s’il avait vu l’électricien. Il s’assit à côté de la porte qui n’était toujours pas là. Il me dévisageait, un poil déprimé. Il y avait un message gravé sur sa tête : « Appuyez sur le bouton pour appeler la porte ». 

Je suivis la suggestion et pâte à crêpes : Mon Nami ouvrit la porte, un sourire à la main. 

texte et illustration : Brice Liaud

http://briceliaud.wordpress.com/

 

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le bourdon

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une fois la chair abattue

et l’utopie consommée

je vis en levant les yeux

au dôme ta bouche

me darder un baiser

 

Amina Tsougaev

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en vie de rien

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l’enfoncement se dénude

la solitude aussi

je perce la peau du mât

qu’il saigne avec moi

la mâchoire la chair de l’esprit

les yeux de la nuit

 

que fais-tu toi derrière

le rideau de l’émoi

danse avec moi

dans cette pluie de frissons

arrête de pleurer

arrête de t’esseuler

laisse les larmes aux chiens

on te tuera demain

 

où est la marche

qui a caché mon oiseau

où sont les ailes de mes nuages

la réalité lui a brisé les os

et le soleil fait froid dans le dos

descends et range ta rage

pourquoi se pendre si haut ?

 

hélas mes veines coulent

le vent les a invitées au bal

et mes montagnes s’écroulent

l’eau a entendu la houle

et je demeure en escale

piégé par le mal

d’où viens-tu

où va la foule

si mauvaise si pâle ?

texte et dessin : Brice Liaud

http://briceliaud.wordpress.com/

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hameçon et lumières

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je me réveille en même temps que la lune

sors de ma couette en survêt’

descends l’escalier en tempête

dur de passer une nuit sans couleur

et d’être une bête diurne

 

je demeure attablée

sirotant mon amour de café

comme un oiseau-trompette

puis-je sortir prendre l’air ? merci

 

je remonte dans mon entre d’ours brun

me remets au lit repensant à cette nuit

à tout ce flou de mon esprit endormi :

*tentative de connexion, récupération de données*

 

pourtant le souvenir vif d’un mortel

avec qui je rêve d’aller à l’autel

me poursuit comme un refrain

*échec de la procédure, le cerveau est en train de buller*

 

sans éponger des boissons à forts degrés

mon inconscience s’avère étourdissante

mais je ne m’en plaindrais pas pour de vrai

cette nuit j’étais bel et bien avec un hameçon

 

Maurine Gaudin

illustration : Brice Liaud

http://briceliaud.wordpress.com/

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